Les premiers traités évoquant le sujet seront publiés au 18ème siècle. Une chronique rédigée par un certain Cohausen, narre ainsi l’infortune d’un «gentleman» qui, sous le règne de la reine Bona Sforza – c’est-à-dire 3 siècles plus tôt, aurait pris feu après avoir avalé plusieurs verres de brandy. Le texte dit que l’homme aurait commencé par «cracher des flammes» avant d’être lui-même consumé.
En 1763, le français Jonas Dupont fait paraître une longue compilation de cas intitulée «De Incendiis Corporis Humani Spontaneis»; il y rapporte l’affaire Nicole Millet, dans laquelle un mari fut acquitté du meurtre de son épouse, la Cour ayant conclu à la combustion spontanée de la victime. S’y trouve également relaté le célèbre cas de la comtesse italienne Cornelia di Brandi, retrouvée, un matin d’avril 1731, partiellement calcinée sur son lit. Rien n’avait brûlé autour d’elle et ses bras furent retrouvés intacts.
Photo: Johnny Vegas dans le rôle de l’ivrogne Krook (Bleak House)
Si Jonas Dupont ne propose aucune explication au phénomène, l’époque en général pense que ce sort est réservé aux alcooliques corpulents et d’un âge avancé – un verdict oscillant entre une explication pseudo-scientifique liée à la présence d’alcool dans le corps et l’allusion plus abstraite à un châtiment divin qui viendrait frapper les coupables de «débauche».
Cette interprétation moralisatrice, bien que fausse puisque dans les faits, aucun critère ne permet de distinguer les victimes, fera longtemps l’unanimité. Elle sera d’ailleurs répercutée par la littérature du XVIIIe, puis du XIXe siècle dans un certain nombre de fictions. On retrouve ainsi des cas de combustion spontanée imputables à l’alcool, dans plusieurs nouvelles de l’écrivain russe Nicolas Gogol, telles que La Nuit de la Saint-Jean (1831) ainsi que dans célèbre son roman Les Âmes mortes (1841). Jules Verne, quant à lui, rapporte, dans son roman Un capitaine de quinze ans (1878), l’histoire d’un roi africain qui se serait enflammé «comme une bonbonne de pétrole» après avoir abusé du punch.
De la même façon, dans le texte de Charles Dickens,La Maison Désolée (1853), la combustion de l’ivrogne Krook est déclenchée par «les humeurs corrompues» et le «vice». L’histoire sera adaptée à plusieurs reprises sous la forme de mini séries par la BBC. La dernière, s’étalant sur 15 épisodes, date de 2005 et inclut notamment Gillian Anderson dans son casting.